On peut diviser le vignoble espagnol en trois grandes zones, chacune d’entre
elles subdivisée en plusieurs secteurs et appellations :
- La partie septentrionale, de l’ouest (Galice) à l’est (Aragon et
Catalogne) en passant par le centre (Rioja et Navarre).
- La grande partie “centrale”, avec les vignobles de la Castille, bien
qu’une partie de ses vignobles soient proches de ceux du Nord (Ribera del
Duero, Rueda), qui englobe à l’ouest l’Estrémadure, au centre La Mancha et
Valdepenas, puis, à l’est les vignobles de Valence, d’Alicante et de
Murcie.
- La partie méridionale, concentrée à l’ouest (Jerez, Huelva), au centre
(Malaga, Montilla), puis, totalement à part, les îles Canaries.
L’ESPAGNE SEPTENTRIONALE
La Galice
Rias Baixas C’est la DO qui longe l’Atlantique, autour de Pontevedra. Le
climat est océanique, relativement humide, avec des températures moyennes. Le
cépage qui se plaît le plus ici est l’Albarino, un raisin blanc assez
alcoolisé, qui donne des vins caractéristiques, très aromatiques.
Ribeiro L’appellation touche la frontière portugaise. Le climat est
relativement humide et les cépages rouges sont les Garnacha, Alicante, Mencia
et Ferron et Palomino, Treixaduras et Torrontes pour les blancs, qui sont
meilleurs. Les vins sont bien équilibrés en acidité, assez alcoolisés (de 9 à
13°), à la fois nerveux et souples en bouche.
Valdeorras Plus à l’intérieur des terres espagnoles, en remontant vers la
région de Leon, se trouve la petite appellation Valdeorras, plantée des cépages
Garnacha, Mencia et Grao Negro pour les rouges, et Palomino, Dona blanca et
Albillo pour les blancs. Le climat est beaucoup plus continental, avec des
influences océaniques relativement importantes.
La Navarre
La Navarre, au sol calcaire couvert d’alluvions, est considérée à juste
titre comme la région d’Espagne (avec la Catalogne) qui élabore les meilleurs
rosés, d’une saveur fruitée, frais et tendres à la fois. Désireux de développer
la production de (bons) vins rouges, les responsables de l’Evena, la station de
viticulture de Navarre, commencèrent à planter des parcelles expérimentales dès
1982 et incitèrent les producteurs à arracher leurs vieux cépages, et à planter
du Tempranillo ou, plus rare, du Cabernet-Sauvignon ou du Merlot (hélas). Cinq
secteurs se répartissent l’ensemble des vignobles de Navarre.
Baja Montana Ce premier secteur est situé au nord-est de la région et
regroupe 14 communes (Javier, Sanguesa, Aibar, Caseda...), où les principaux
cépages cultivés sont le Garnacha et le Tempranillo. C’est la partie la plus
humide de la Navarre, où les vendanges sont plus tardives et abondantes que
dans les autres secteurs. Les rosés sont assez réussis, parfumés et fermes,
comme certains jolis rouges, bien marqués par le Tempranillo.
Ribera Alta Cette zone est située au centre de la région, dans les
contreforts montagneux, et s’étend autour de 24 communes (Carcar, Lodosa,
Falces...). C’est le plus grand des cinq secteurs de la Navarre où l’on trouve
quelques-uns des meilleurs vins de la région, issus principalement des cépages
Garnacha, Viura, Tempranillo et Malvoisia. Les rosés sont légers, ronds et
aromatiques, à boire jeunes, les rouges souples et fruités, et les blancs secs
et tendres.
Ribera Baja Au sud de l’appellation, autour de Tudela, ce secteur très chaud
et très sec regroupe 13 communes (Cascantes, Murchante, Ablitas...). Le
principal cépage est le Garnacha pour les rouges, intenses en couleur et
charpentés. A noter un bon Moscatel doux.
Tierra Estella 26 communes (Bargota, Sanson, Los Arcos, Arellano...) font
partie de cette aire, située au sud-ouest, et plantée de Tempranillo, Garnacha,
Viura (de jolis blancs vifs et parfumés), Mazuelo et Granciano. Quelques bons
rouges.
Valdizarbe 24 communes (Oloriz, Leoz, Artaja, Unzué...) au nord de la
région, avec un climat sec. De bons rouges et rosés issus des Garnacha et
Tempranillo.
Enfin, pour les rares blancs qui méritent une mention, tous de purs Viura,
buvez-les avec des truites (les truchas) cuites au vin.
La Rioja
La meilleure région viticole d’Espagne, où les superbes rouges Reserva et
Gran Reserva prennent le temps (des années) de “mûrir” en fûts pour parvenir à
s’exprimer au mieux, dévoilant des qualités insoupçonnées.
Le fleuve Oja donna son nom à cette région au sol pierreux, réputée depuis
toujours pour ses vignobles et ses vins. La légende veut que dans l’année 500,
un “miracle” se produisit : celui de San Milan de la Cogolla qui multiplia
le vin pour donner à boire aux pèlerins qui se rendaient à
Saint-Jacques-de-Compostelle... En 1848 déjà, les vins de la région prennent
l’appellation de vins de la Rioja, dont l’élaboration était suivie, dès 1888,
par la station œnologique de Haro, grâce aux attentions de la reine Dona Maria
Christina.
Le climat est rude, montagneux, continental dans la Rioja Alavesa et la
Rioja Alta, et plus chaud dans la Rioja Baja. Le vignoble se situe le long de
la vallée de l’Ebre, entre Haro et Alfaro, et dans l’arrière-pays. La région se
divise selon l’altitude en trois secteurs bien délimités : Rioja Alta,
Rioja Alavesa et Rioja Baja, d'où proviennent pour être assemblés la plupart
des vins de la Rioja, l’exception confirmant la règle.
- Rioja Alta Les vignobles sont plantés dans la Rioja Alta (Haute-Rioja),
dont les Tempranillo, Garnacha, Mazuelo, Graciano pour les rouges et rosés,
Viura et Malvasia pour les blancs.
- Rioja Alavesa Les vignes (Tempranillo très majoritaire, Garnacha et Viura)
couvrent ce territoire situé dans la province d’Alava, autour de 18 communes
dont celles de Laguardia, Lanciego, Labastida, Oyon, Villabuena de Alava ou
Banos de Ebro. Les terres sont calcaires et argileuses. Les vins rouges sont
parmi les plus riches et corsés de toute l’Espagne.
- Rioja Baja Le vignoble (Garnacha majoritaire), pour ce secteur plus aride,
influencé par la Méditerranée, très ensoleillé et beaucoup plus sec, où les
précipitations annuelles ne dépassent pas 250 millimètres à Alforo, dans le
Sud. Les rouges sont très alcoolisés (parfois jusqu’à 18°!), très corsés, et
sont généralement une bonne base d’assemblage avec les vins des deux autres
secteurs. Les meilleurs sont riches et savoureux.
L’Aragon
Les régions de Castille-Leon et d’Aragon, situées au nord de Madrid,
conservent l’une des plus anciennes traditions vinicoles d’Espagne. C’est là
que sont aussi élaborés quelques-uns des meilleurs rosés ou rosados espagnols,
assez puissants et intenses en bouche, qui “tiennent” fort bien sur des mets
très épicés.
Campo de Borja Situé juste après celui de la Navarre, ce vignoble est sous
l’influence d’un climat rude, très chaud en été, froid en hiver, où les
brouillards sont fréquents. Son nom provient des Borgia, la célèbre famille du
XVe siècle. Les meilleurs vins sont les rouges, issus des Garnacha
(majoritaire) et Tempranillo, des vins puissants, presque “lourds”, en tout cas
extrêmement corsés, même si les millésimes récents bénéficient parfois de
vinifications plus souples. Les rosés sont assez caractéristiques de l’Espagne
actuelle : d’une part, on en goûte de jeunes, frais et fruités, d’autre
part, dans un style totalement différent, on en déguste de puissants, beaucoup
plus alcoolisés, peut-être plus difficiles à boire mais savoureux en bouche, et
qui évoluent correctement.
Carinena Le vignoble est situé au sud de Zaragoza, de climat continental
comme celui de Campo de Borja, avec des précipitations faibles. Des rouges de
14°, bien évidemment chauds et intenses, qu’il faut rafraîchir un peu, surtout
s’ils sont jeunes. Bons rosés, frais, pleins et persistants.
Somontano Au nord de Zaragoza, vers Huesca. Ici, ce sont surtout les blancs
qui méritent d’être cités.
La Catalogne
La Catalogne s’étend de la frontière française au sud de Tarragone, et
bénéficie du climat méditerranéen. On y fait des vins assez caractéristiques,
la plupart du temps moins alcoolisés, moins “lourds” que dans le reste du pays,
mais qui possèdent une originalité certaine, notamment en rosés et en rouges.
Du nord au sud de cette région, huit appellations.
Ampurdan-Costa Brava C’est la Dénomination d’Origine (DO) la plus proche de
la frontière française, où l’on fait des vins rouges, rosés et blancs. Les
rosés me semblent les plus agréables, généralement secs, un peu corsés et
bouquetés, de bonne bouche, bien vinifiés.
Alella L’appellation est petite et située au nord de Barcelone. Vous y
trouverez surtout des vins blancs (cépages Pansa blanca, Xare-lo), légers et
fruités, secs ou demi-secs.
Conca de Barbera Une autre petite DO située dans l’arrière-pays de Penedès.
J’ai un bon souvenir du rosé pur Trepat de Concavins, bien fruité au nez comme
en bouche, et le Blanc de blancs provenant des Parellada et Macabeo, bien
équilibré, assez persistant, qu’il faut boire jeune et très frais.
Costers del Segre Une appellation située autour de Lerida et de Tarragone,
où les trois couleurs sont vinifiées. En réalité, je crois que je préfère les
vins rosés de Penedés à ceux des autres couleurs. Est-ce leur fruit puissant,
cette façon d’être à la fois ronds et secs, leur teinte légèrement
saumonée...
Tarragona C’est la plus grande DO catalane, au sud du Penedés, au climat
varié selon les aires de l’appellation et l’influence ou non de la côte
méditerranéenne. Plusieurs types de vins sont élaborés ici, du plus sec des
blancs aux vins de liqueurs, en passant par les Rancio, les rosés et les
rouges.
Priorato A mon avis, c’est ici que vous trouverez les meilleurs rouges de
Catalogne. Le climat méditerranéen, contrarié par les vents du nord, et le sol
pauvre de cette DO située près de Tarragone conviennent bien aux cépages
Garnacha et Carinena pour les rouges que j’ai tout particulièrement appréciés,
comme aux Macabeo et Pedro Ximénez pour les blancs.
Terra Alta L’appellation est située, comme son nom l’indique, dans les
“terres hautes”, c’est-à-dire loin de la côte. Plusieurs vins blancs, issus
principalement du Garnacha et du Macabeo, frais, fruités, agréables en bouche,
bien faits. Les vins rosés sont puissants, corsés et alcoolisés (de 12 à 16°),
et demandent à être dégustés à l’ombre, comme les rouges tout aussi corsés.
Enfin, pour l’anecdote touristique, vous pouvez profiter de votre séjour aux
îles Baléares pour découvrir les vignobles de l’appellation Binisalem, et,
celui d’Ibiza, un vin que j’apprécie régulièrement.
L’ESPAGNE CENTRALE
L’Estrémadure Une seule DO, Tierra de Barros, située au sud de cette région
étendue et sauvage qui longe le Portugal. C’est le rouge que j’ai trouvé assez
réussi, provenant des Tempranillo, Garnacha et Graciano, au nez intense,
“chaud” et puissant.
Castilla-Leon Au sud-ouest de la Rioja, de l’autre côté de la Sierra de la
Demanda, commence la grande région de Castille, habituellement divisée en deux
parties : Castilla-Leon et Castilla-La Mancha. Quatre Dénominations
d’Origine à retenir dans la région de Castilla-Leon.
- Bierzo Très peu connue, une DO où l’on produit des vins des trois
couleurs, les rouges et rosés étant issus des cépages Mencia et/ou
Garnacha.
- Ribera del Duero C’est la région du fameux Vega Sicilia, un bon exemple de
la notion même de la typicité d’un cru, puisque ces mêmes supporters apprécient
surtout l’omniprésence de fûts et de cépages qui n’ont pas grand-chose à voir
avec l’Espagne (Cabernet-Sauvignon, Malbec, Merlot), et viennent épauler le
riche cépage local majoritaire Tinto Fino. Un Vega Sicilia, c’est donc rare,
très bon, intense et savoureux, d’excellente garde, mais c’est aussi moins typé
que ne peuvent l’être des rouges de la même appellation. On trouve aussi de
bons rosés, secs et parfumés.
- Rueda Une DO spécialisée en vins blancs (cépage Verdejo très majoritaire,
puis Viura et Palomino). Un bon rosé issu de Garnacha.
- Toro Non loin de Rueda, une petite appellation où vous découvrirez des
rouges classiques (cépage Tinta de Toro), colorés et corsés, de bonne
évolution. Quelques blancs bien vinifiés, provenant des cépages Malvasia ou
Palomino, et surtout des rosés à la fois secs et ronds, bien fruités.
Castilla-La Mancha Trois vignobles, Mentrida, Valdepenas et La Mancha, qui
rejoint les premiers vignobles d’Almansa.
- Mentrida Le vignoble, difficile à cataloguer, se situe juste entre les
deux grandes parties de la Castille, la Castilla la Lora (ou vieille Castille)
et la Castilla la Neuva, dénommée aussi la Castilla la Mancha, dans une région
que vous traverserez en allant de Madrid à Tolède. Des vins rouges et rosés
corrects, issus principalement du cépage Garnacha, corsés et puissants, avec
cette pointe d’amertume caractéristique. Le rosé tient bien, un peu frais, sur
une paella.
- La Mancha Le pays de Don Quichotte, austère, est aussi un véritable océan
de vignes : la région de la Mancha est la plus vaste Denominacion de
Origen du monde et tous les villages que vous traverserez (Manzanares,
Tomelloso...) ne vivent que par le vin.
Mancha provient de l’arabe manxa ( “terres arides”) et ces sols où courent
les vignes à la recherche de fraîcheur produisent des rendements qui feraient
pâlir d’envie la plupart des vignerons. Le climat est toujours rude ici,
continental, semi-aride, et les “petites” années sont un concept pratiquement
inconnu des viticulteurs de la Mancha. Tout cela serait pour le mieux si l’on
ne cultivait que des cépages rouges, très adaptés ici. Pourtant, paradoxe
oblige, plus de 80% des vignobles sont plantés avec le (très) prolifique cépage
blanc Airén (on se demande parfois le pourquoi de telles absurdités). Partout,
on fait donc des vins blancs, du sec au douceâtre, beaucoup plus marqués par
leur vinification (maîtrise des températures...) que par leur terroir, bien
faits certes mais bien souvent “sans vice ni vertu”, et la plupart des
coopératives de la région en proposent. Je préfère les rouges bien typés par le
Cencibel (version manchega du Tempranillo).
- Valdepenas Ce sont très certainement les bergers ibères, nomades et
errants, fatigués de la transhumance, qui décidèrent de s’installer sur les
rives du Jalon, dans une vallée de Penas. C’est là, sur le coteau, qu’ils
plantèrent le premier vignoble. La grande impulsion de Valdepenas ne vint,
cependant, qu’à partir du XVIIIe siècle, lors de la construction du chemin
royal qui reliait la capitale de l’Espagne à l’Andalousie. Les tonneaux et les
jarres font ainsi la conquête de plusieurs marchés grâce à la qualité des vins
qu’ils transportent. Aujourd’hui, ce sont surtout les cuves en acier inoxydable
que l’on rencontre dans ce pays. La DO Valdepenas est plantée sur des terrains
du miocène, composés d’argiles, de marnes et de sables autour de Valdepenas,
Alcubillas, Moral de Calatrava, San Carlos del Valle, Santa Cruz de Mudela,
Torrenuva, Torre de Juan Abad, Granatula de Calatrava, Alhambra et Montiel. Les
blancs issu du cépage Lairen (ou Airen) sont en l’occurrence assez peu corsés,
légers en bouche, et peu alcoolisés. Quelques rosés bien faits, et surtout des
rouges (cépages Airen et Cencibel) qui ont plus de corps, intenses, fruités,
ronds et savoureux en bouche, très attirants par leur originalité. C’est un bon
exemple de la typicité de crus épicés, auxquels il faut savoir s’habituer, sans
vouloir les comparer avec d’autres vins.
La région de Valence
Plusieurs DO : Utiel-Requena, Valencia et Alicante, puis, en remontant
vers l’ouest, mitoyens, les vignobles de Murcie (Yecla, Jumilla), et celui
d’Almansa, qui rejoint la région de la Mancha, vers Albacete. Les aires
vinicoles se concentrent autour de Valence et d’Alicante. Les Grecs et les
Phéniciens importaient déjà du vin des ports de Denia et Javea, et ce commerce
florissant a stimulé l’expansion du vignoble jusqu’aux autres régions. Du temps
des Romains, des chroniques de Martial et Pline faisaient déjà l’éloge des vins
de Sagunto. La région offre une gamme de vins très variée, allant des rosés
fruités de Utiel-Requena (voir plus loin) aux rouges corsés du Alto Turia
d’Alicante, en passant par des blancs intéressants, des rosés et rouges plus ou
moins doux, qui peuvent aller de 11° (et parfois moins) jusqu’aux “pâteux” qui
atteignent 16° naturels.
- Utiel-Requena Située à l’extrémité ouest de la province de Valencia, à une
altitude moyenne de 700 mètres, cette zone a, elle, surtout une production de
vins rouges et rosés issus des Tempranillo, Garnacha et Bobal.
- Valencia L’appellation est divisée en trois zones (subzons)
différentes : Valencia-Alto Turia (2 700 ha), au nord-ouest de la province
de Valencia, à une altitude moyenne de plus de 600 mètres, sur un terrain
limon-sablonneux, où l’on produit principalement un vin blanc sec issu du
Merseguera ; Valencia-Valentino, une zone située dans la partie centrale
de la province, avec une altitude moyenne de 250 mètres, sur un terrain
calcaire. Des rouges corsés et savoureux issus des Bobal, Garnacha et
Tintorera, et des blancs tout aussi typés, mais parfois décevants, provenant
des cépages Merseguera, Malvoisia et Pedro Ximénez ; et Valencia-Clariano
enfin, au sud de la province, où se cultivent les cépages Monastrell et
Garnacha pour les rouges, Merseguera, Malvasia et Tortosi pour les blancs. Au
nord de la région, se trouve la province de Castellon.
Alicante Cette zone, où l’on produit surtout des vins rouges, s’étend à une
altitude de 350 à 500 mètres, sur des sols principalement calcaires. Les vins
que j’ai retenus sont colorés, classiques de la production espagnole, assez
corsés, parfois un peu trop alcoolisés, mais généralement bien faits, comme
ceux de la maison Eval. La contrée de La Marina complète cette région, qui est
une zone côtière située au nord où s’élabore un excellent muscat.
Yecla Un petit territoire enclavé entre les vignobles d’Alicante et de
Jumilla, au sol pierreux et calcaire. De bons rouges, très colorés, intenses au
nez comme en bouche, bien équilibrés.
Jumilla J’ai dégusté d’assez bons blancs issus principalement du Lairen ,
relativement corsés, fruités et frais. En rouges, le bon Monastrell.
Almansa L’appellation s’étend entre les vignobles de Valence et les
premières terres de la Mancha. Un bon rouge (Cencibel majoritaire, Monastrell
et Garnacha), de couleur rubis, corsé, associant rondeur et structure.
L’ESPAGNE MÉRIDIONALE
Quatre dénominations d’origine (Montilla, Malaga, Condado de Huelva, et le
seigneur Xérès), puis, face au Maroc, les îles Canaries.
Montilla-Moriles Une DO (Dénomination d’Origine) récente et des vins que
j’ai découverts par hasard, sur place, semblables à leurs voisins de Xérès,
issus de sols gris clair riches en chaux.
Malaga Voilà bien des vins et des vignobles méconnus situés au nord-est de
Jerez. Qualité oblige, l’erreur est réparée.
Condado de Huelva De jolis vins moelleux de dessert, le Palido, jeune et
sec, et le Viejo, vieilli en solera, parfois sec mais surtout doux
Le Xérès Le Xérès, c’est l’Andalousie. Dans cette région superbe, où les
taureaux côtoient les haciendas, le Xérès (prononcez rérès), omniprésent, fait
partie de la vie. Il faut avouer qu’avec des tapas (olives), ou des plats très
épicés, le Xérès sait réserver des surprises... L’activité viticole de la
région remonte à presque trois mille ans, au moment où la vigne fut introduite
par les Grecs ou les Phéniciens. L’appellation Xérès dérive du nom donné par
les Maures à la ville de Jerez, Sherish, déformé en Sherris par les Anglais et
qui devint Xérès en ancien espagnol, puis Jerez.
Les Européens ont savouré les vins de Jerez dès la fin du Moyen Age,
lorsqu’au XVe siècle des négociants anglais et hollandais, établis sur le site
de l’ancien port de Cadix, commencèrent à exporter le Xérès vers les régions
froides et humides du nord de l’Europe. Vers le XVIe siècle, le Xérès devint
l’un des vins les plus en vogue dans les cours d’Europe, et les grands
écrivains de l’époque, comme Shakespeare, en faisaient déjà l’éloge. Cinq
siècles plus tard, Somerset Maugham le dépeint comme “l’apéritif le plus
civilisé du monde”. A la fin du XVIIe siècle, de nouvelles sociétés
spécialisées dans la production et l’exportation de vins furent implantées par
des Anglais, des Hollandais, des Français, des Ecossais et des Irlandais. La
plupart des grandes bodegas existant à l’heure actuelle en sont issues. Au XIXe
siècle, les pays d’Amérique du Nord devinrent les principaux importateurs de
grands vins de Jerez.
Les Denominaciones de Origen Jerez-Xérès-Sherry et Manzanilla de Sanlùcar de
Barrameda s’inscrivent dans le célèbre triangle de Jerez, limité par les villes
de Jerez, Puerto de Santa Maria et Sanlùcar de Barrameda. Il y règne un
microclimat qui bénéficie, à la fin de l’automne et au printemps, d’une
pluviométrie relativement importante et d’étés longs et secs, tempérés par les
brises de l’océan et le levante, ce vent chaud provenant de la côte africaine.
Le meilleurs terroirs de la région de Jerez sont les albarizas aux sols blancs,
crayeux, peu propices à l’agriculture en général, mais qui se révèlent
parfaitement adaptés à la viticulture. Les albarizas agissent comme des
éponges : elles absorbent et retiennent les eaux de pluie de la fin de
l’automne et du printemps, pour les diffuser progressivement vers les racines
durant les longs mois chauds et secs de l’été. La vigne peut ainsi supporter la
sécheresse estivale et atteindre sa juste maturation.
L’élaboration du Xérès Le Xérès est issu à plus de 90% du cépage Palomino
blanc, les deux autres cépages autorisés sont le Pedro Ximénez blanc (voir plus
loin) et le Moscatel blanc. Le raisin est vendangé à la main au début de
l’automne. La première fermentation naturelle, ou fermentation rapide,
s’effectue au cours des trois ou quatre premiers jours, pendant lesquels le
moût séjourne dans les cuves de fermentation. Bien que certaines maisons, parmi
les plus anciennes et les plus traditionnelles, continuent d’utiliser des fûts
de chêne de 500 litres pour la fermentation du moût, on se sert aujourd’hui
généralement de cuves en inox équipées de dispositifs permettant de contrôler
la température. La seconde fermentation lente, produite elle aussi par des
levures naturelles, augmente la teneur en alcool du vin nouveau et élimine une
large part de son contenu en sucre. Les moûts les plus clairs et les plus
légers sont soutirés, puis fortifiés à l’alcool vinique jusqu’à titrer environ
15°. Ils sont ensuite stockés en fûts de chêne à l’endroit le plus frais et
plus humide de la bodega, où ils devindront des Finos ou des Manzanillas à
Sanlùcar, et des Amontillados (voir plus loin). Les vins restants sont
également fortifiés à l’alcool vinique jusqu’à 18° ou 19°, puis entreposés dans
des fûts de chêne pour que s’effectue la maturation. Ils deviendront des
Olorosos, après au moins trois ans de fûts.
Les procédés de vieillissement utilisés pour chacune des deux principales
catégories de Xérès, les Finos et les Olorosos, sont fondamentalement
différents. Les Finos et les Manzanillas suivent un processus biologique
spontané, appelé “crianza de flor”. Quant aux Olorosos, ils vieillissent comme
le vin, selon un lent processus d’oxydation.
A l’endroit le plus frais de la bodega, généralement au printemps, après la
fermentation, un voile de levure blanchâtre se forme spontanément et recouvre
entièrement la surface du Fino jeune entreposé en fûts de chêne. Il s’agit de
la crianza de flor, littéralement “fleur de levure”, un organisme vivant qui se
renouvelle continuellement, et constitue un véritable film protecteur, capable
de ralentir et de réguler le processus d’oxydation que connaissent les vins en
cours de vieillissement. Dans le cas des Finos et des Manzanillas, on prolonge
volontairement cette crianza de flor. A mon sens, c’est pratiquement le seul
cas où un vin blanc vieilli en fûts de chêne pendant plusieurs années, loin de
s’oxyder ou de se madériser, reste frais et net au nez comme en bouche. Au
cours de cette fameuse crianza de flor, certains Finos perdent leur voile de
levure, ce qui déclenche un début d’oxydation au contact direct de l’air, et
donne au vin une teinte plus sombre. Les fûts contenant ces vins dits
Amontillados sont séparés des fûts de Finos, le vin est fortifié à l’alcool
vinique puis soumis, comme les Olorosos, au processus d’oxydation naturel.
Pour le vieillissement des Finos et des Olorosos, on utilise le système de
la solera, qui permet d’obtenir une qualité de vin homogène. En ce qui concerne
le Fino, il permet en outre de revigorer périodiquement le vin en cours de
cuvage. Pour utiliser ce procédé d’assemblage et de vieillissement du vin,
appelé plus exactement système de soleras et craderas, on dispose les fûts sur
plusieurs files ou rangées. Les fûts de la rangée supérieure sont appelés
criaderas (ou fûts d’élevage) car ils contiennent les vins les plus jeunes,
tandis que les fûts situés à même le sol, dans lesquels on a entreposé les vins
les plus âgés, sont appelés soleras. Régulièrement, les vins des criaderas sont
utilisés pour revigorer et renouveler les vins des soleras. Quant aux vins
ayant atteint leur maturité, ils sont soutirés régulièrement des fûts de solera
pour être mis en bouteilles et commercialisés. Parallèlement, on ajoute au vin
restant dans les criaderas du vin nouveau, ayant vieilli au moins neuf mois.
Grâce à ce procédé, le vin jeune acquiert les caractéristiques du vin plus
vieux, et ce dernier est constamment rajeuni... Il suffisait d’y penser, en
fait.
Les différentes variétés de Xérès
- Le Fino est un vin d’or pâle, léger, frais et sec, dont le bouquet et la
saveur rappellent discrètement l’amande. C’est le grand classique des
apéritifs. Elevé sous la flor, il conserve toute sa fraîcheur des années
durant. Produit essentiellement sur le site même de Jerez et sur la côte, à
Puerto de Santa Maria, le Fino titre entre 15,5° et 17°.
- Le Manzanilla est un Fino délicat, produit et vieilli à Sanlucar de
Barrameda, sur la côte atlantique. La crianza de flor, qui, à Sanlùcar, peut
être prolongée presque indéfiniment en raison du microclimat, et de la nette
influence des brises atlantiques, donne aux Manzanillas une légèreté et une
fraîcheur particulières, accompagnées d’une subtile et discrète saveur salée.
Le Fino et le Manzanilla doivent être servis très frais, à une température de
7°C environ, avec une assiette d’amandes ou d’olives, à la façon andalouse. Le
Fino peut aussi accompagner des poissons maigres, crustacés, volailles et
soupes. Une fois ouverte, votre bouteille doit être bue dans les deux ou trois
jours.
- Les Amontillados ont une robe ambre clair. Leur nez et leur palais, plus
secs, évoquent délicieusement la noisette. Tout comme les Finos, ils
vieillissent suivant le procédé de crianza de flor, mais selon un rythme plus
lent et pendant une période plus longue, ce qui laisse à la flor le temps de
vieillir. Les vins ainsi obtenus n’en sont que plus remarquables, et leur titre
avoisine les 16° ou 18°.
- Les Olorosos ont plus de corps, leur robe est sombre, ambrée ou acajou.
Servis également frais, les Amontillados et Olorosos secs font eux aussi de
parfaits apéritifs, qui peuvent “tenir” du chorizo ou des poivrons rouges
grillés (c’est remarquable); ces mêmes vins, plus vieux, donneront leur pleine
mesure servis à température ambiante, pour que s’exprime toute la richesse de
leur bouquet et de leur arôme. Les Amontillados, les Olorosos et les Creams se
conservent mieux car ils ont plus de corps.
- Les Creams, enfin, sont issus d’un mélange d’Olorosos et de vins élaborés
avec le cépage Pedro Ximénez blanc. Suaves et généreux, goûtez-les à
température ambiante, comme vins de desserts ou avec des sucreries. Les Creams
blancs (mélange de Finos, Pedro Ximénez et de Moscatel) se servent par contre
très frais.
Enfin, le Pedro Ximénez et le Moscatel sont des crus fabriqués en quantités
limitées à partir des cépages du même nom. Les grappes de Pedro Ximénez sont
séchées au soleil avant d’être pressées, ce qui donne au vin son petit goût
résiné, qui n’est pas sans rappeler son homologue grec. Pour information, le
verre traditionnellement utilisé pour la dégustation du Xérès est la copita, un
petit verre à pied court en forme de tulipe, typique, que vous pourrez
rapporter de Jerez.
Les îles Canaries
Je n’ai pas de grand souvenir de mon séjour dans ces îles, tout du moins sur
le plan touristique, tant les constructions balnéaires les plus hasardeuses
côtoient les pièges à touristes (je ne vous conseille pas d’acheter quoi que ce
soit à Las Palmas). Historiquement, il semble que le premier vignoble des îles
serait un vignoble de Malvoisie planté par Fernando de Castro, qui utilisa des
ceps en provenance de l’île de Madère. La vigne est cultivée sur des terrains
très secs dans la majorité des îles, à l’exception d’une région de la
Grande-Canarie, et de la presque totalité de l’île de Fuerteventura. D’origine
volcanique, les sols sont très riches en substances minérales, légers, très
perméables, pauvres en chaux et généralement riches en azote, en potassium et
en phosphore. Des hivers tempérés, des étés adoucis par les alizés, un taux de
pluviométrie relativement faible, mais des différences sensibles entre les
îles : celles situées à l’est sont arides, tandis que les îles
occidentales sont humides.
- Tenerife Bien que l’on cultive la vigne sur la majeure partie de l’île,
notamment dans les régions de la vallée de l’Orotava et celle d’Icod de los
Vinos, ce sont surtout les vins de l’appellation Tacoronte-Acentejo qu’il faut
retenir. L’appell